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Européens : insignifiants si divisés, indispensables si unis

Mythes à démistifier pour faire repartir l'Europe

Cet article a été publié dans Oasis 24. Lisez le sommaire

Dernière mise à jour: 03/06/2019 11:54:59

Compte rendu de Giles Merritt, « Slippery Slope. Europe’s Troubled Future », Oxford University Press 2016.

 

 

« Nous savons tous ce qu’il faut faire. Ce que nous ne savons pas, c’est comment nous faire réélire après » ‒ disait l’actuel président de la Commission européenne, Jean-Claude Juncker, il y a quelques années, alors qu’il était encore à la tête des institutions du Luxembourg. Ce propos capte fort bien le piège dans lequel l’Union européenne est tombée à présent : une popularité à sec, alors qu’elle devrait être appelée à prendre des mesures qui la rendraient encore plus impopulaire.

 

 

Authentique et direct, l’ouvrage de Giles Merritt, observateur d’exception des affaires européennes, trace la situation des institutions européennes et l’inscrit dans un contexte plus vaste. Merritt aborde le thème de l’Union en affrontant sans ambages les évidences majeures, pour les démonter, l’une après l’autre, en fournissant une masse de données qu’il n’est pas possible d’énumérer ici, mais qui obligent le lecteur à la réflexion. Il insiste en particulier sur quelques points : l’Europe n’est absolument pas surpeuplée, bien plus, elle a besoin de l’immigration comme d’oxygène pour continuer à payer son État-providence et fournir des bras à ses industries (une comparaison ? En Amérique, les neuf dixièmes des nouveaux emplois sont dus à l’arrivée de populations de l’étranger) ; l’Europe n’est pas destinée à être pour toujours et naturellement riche : l’argent est en train de se déplacer vers l’Asie ; l’Europe est technologiquement avancée, mais les brevets chinois sont désormais plus nombreux et trois quarts des investissements en technologie et développement aux États-Unis viennent de l’Europe ‒ signe que les financiers européens non plus n’ont confiance en elle ; l’Europe n’est pas simplement en train de perdre des emplois au bénéfice de l’Asie, vu que les tigres asiatiques investissent massivement sur le sol européen, et donnent du travail plutôt que d’en voler ; l’Europe est un pilier du panorama international à cause de l’équilibre économico-politique entre ses États membres, plutôt que du fait du succès de ses institutions supranationales ; le partenariat Europe-États-Unis est en train de se relâcher : Barack Obama a déplacé le centre de son attention politico-militaire vers l’Océan Pacifique.

 

 

Merritt ne se borne pas à démolir des mythes. Il propose une relecture faite d’échanges, de capacités innovatrices, de tenue des relations internationales, de prise en compte de l’option militaire. Le titre de l’ouvrage, plutôt sombre, recèle en réalité un volume modérément optimiste, qui énumère des chiffres et des informations pour prouver que l’Europe est destinée à perdre toute influence si elle ne se donne pas une structure unitaire, et, avant même cela, si elle ne discerne pas de façon authentique les priorités ; mais aussi pour prouver dans le même temps combien l’économie et la société mondiale auraient besoin des Européens, surtout s’ils sont unis. En ce sens, l’ouvrage se recommande tout particulièrement pour un chapitre final où, au lieu de s’abandonner à la création d’un mythe alternatif, l’auteur tente de dresser un agenda très concret des prochaines initiatives de l‘Europe.

 

 

Parler d’une action européenne, comme le fait Merritt, en ce moment, semble en réalité relever de l’utopie. L’Union se traine à la recherche d’une légitimation populaire qui lui permette de prendre les décisions impopulaires, voire extrêmes, que chaque État pris séparément serait difficilement en mesure de soutenir. Il est probablement trop optimiste de souhaiter le réalisme qui permettrait d’instituer un véritable prélèvement fiscal européen, d’utiliser l’euro pour soutenir la croissance à travers la dette, de faciliter l’immigration régulière plutôt que de se laisser aller à des comportements hystériques, et de développer une structure politique qui soit efficace, y compris sur le plan militaire.

 

 

Les institutions européennes sont nées sous le signe du pragmatisme et du réalisme, plus que des oripeaux symboliques qui se sont accumulés avec le temps et qui en ont fait une utopie inatteignable pour ses propres citoyens eux-mêmes. Rêver d’un espace européen des droits et de la démocratie au lieu de se mesurer avec les problèmes concrets n’a pas rendu un grand service quand on a senti tout particulièrement la nécessité de l’UE. Ensevelie sous les critiques des États nationaux, l’Europe à présent essaie de ressusciter à travers des élans idéaux qui frôlent la myopie. Mais qu’en restera-t-il dans quelques années ?

 

 

Les opinions exprimées dans cet article n’engagent que la responsabilité les auteurs et ne reflètent pas nécessairement la position de la Fondation Internationale Oasis

Pour citer cet article

 

Référence papier:

Andrea Pin, « Européens : insignifiants si divisés, indispensables si unis », Oasis, année XIII, n. 24, décembre 2016, pp. 132-133.

 

Référence électronique:

Andrea Pin, « Européens : insignifiants si divisés, indispensables si unis », Oasis [En ligne], mis en ligne le 21 février 2017, URL: https://www.oasiscenter.eu/fr/europeens-insignifiants-si-divises-indispensables-si-unis.

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