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Évolution du djihad en Europe, des années 1990 à aujourd’hui

L'ascension de Daech a fait du Continent un objectif du djihadisme

Cet article a été publié dans Oasis 24. Lisez le sommaire

Dernière mise à jour: 03/06/2019 11:54:47

Compte rendu de Petter Nesser, « Islamist Terrorism in Europe. A History », Hurst Publishers, London 2015.

 

 

Veille de Noël 1994 : le vol Air France 8969 est détourné par le GIA, Groupe Islamique Armé algérien. Au cours de l’opération, trois passagers perdent la vie, tandis que les quatre pirates sont tués à Marseille par la Gendarmerie nationale qui fait irruption dans l’avion. C’est ce jour-là que l’Europe a connu pour la première fois, sur son propre sol, le terrorisme de matrice islamiste, qui n’allait plus l’abandonner pendant les vingt années qui ont suivi. Se concentrant sur ce laps de temps, Petter Nesser, du Centre de recherche de la Défense norvégienne, retrace en plus de trois cents pages l’histoire du terrorisme islamiste en Europe.

 

 

En analysant chaque attaque terroriste de matrice islamiste survenue sur le continent, Nesser explore l’évolution des réseaux djihadistes en Europe à partir des années 1990 et jusqu’à aujourd’hui, les cibles, et le modus operandi des terroristes, tout en essayant de trouver une synthèse entre la théorie du « leader-led jihad » de Bruce Hoffman et celle du « leader-less jihad » de Marc Sageman. Selon la première théorie, les attaques seraient toujours organisées par un leader (al-Qaïda dans les années 2000) ; pour la seconde, le djihad est l’œuvre d’individus isolés qui, de leur propre initiative, interceptent d’autres djihadistes potentiels en formant un réseau. Ces derniers se convertiraient au djihadisme, créant des mouvements autonomes, non tant pour des raisons idéologiques que pour des raisons psycho-sociologiques (non-intégration dans la société, frustrations, recherche d’une identité forte, rébellion contre les parents...). Selon Nesser, si on les considère séparément, les deux théories sont réductrices et empêchent de comprendre à fond le problème. Par exemple, la théorie de Hoffman est utile pour expliquer les attentats d’importance majeure et coordonnés par un leader (comme le massacre dans le métro de Londres en 2005), mais ne parvient pas à rendre compte des attentats de moindre dimension comme celui qui a coûté la vie au metteur en scène hollandais Théo van Gogh, assassiné en 2004 à Amsterdam à cause des images de son film Submission. Combinant les deux approches et se concentrant avec une grande rigueur d’analyse sur les trajectoires individuelles, Nesser identifie quatre types de terroriste djihadiste : l’« entrepreneur », le « protégé », le « vagabond » et le « désadapté ». Mais il accorde dans le même temps une grande attention à l’entrecroisement d’événements locaux, régionaux et internationaux qui servent de background aux attentats.

 

 

Si la France a été la première victime du terrorisme islamiste, explique Nesser, la Grande Bretagne est le pays où est née, en 1990, la première communauté djihadiste, formant ce que l’on allait appeler le Londonistan. En général, l’Europe, avec les libertés prévues par ses régimes démocratiques, était le lieu idéal pour créer une sous-culture dans les mosquées radicalisées, recueillir des financements et recruter de nouveaux membres en exploitant aussi le potentiel des médias sociaux. Ainsi, elle était perçue d’un côté comme une présence menaçante du fait de ses politiques étrangères, mais de l’autre, elle servait de refuge pour ses citoyens naturalisés, leur concédant une vaste marge de manœuvre. Jusque vers la moitié des années 2000, ce fut le second aspect à prévaloir, garantissant à l’Europe un « pacte de sécurité ». Puis l’engagement des pays européens en Afghanistan et en Irak, l’affaire des vignettes satiriques, et les opérations israéliennes à Gaza, selon l’auteur, ont changé la situation, et effacé le « pacte ». La montée de l’État islamique a fait le reste, transformant l’Europe en un objectif privilégié pour les djihadistes et créant un climat d’insécurité que le retour des foreign fighters de Syrie contribuera probablement à aggraver.

 

 

Depuis que le djihadisme est revenu frapper notre continent, les publications sur ce thème n’ont pas fait défaut. Mais peu d’ouvrages peuvent vanter la rigueur, la profondeur et l’équilibre du travail de Nesser, instrument indispensable pour quiconque s’occupe de terrorisme islamique.

 

 

Les opinions exprimées dans cet article n’engagent que la responsabilité les auteurs et ne reflètent pas nécessairement la position de la Fondation Internationale Oasis

Pour citer cet article

 

Référence papier:

Chiara Pellegrino, « Évolution du djihad en Europe, des années 1990 à aujourd’hui », Oasis, année XIII, n. 24, décembre 2016, pp. 134-135.

 

Référence électronique:

Chiara Pellegrino, « Évolution du djihad en Europe, des années 1990 à aujourd’hui », Oasis [En ligne], mis en ligne le 21 février 2017, URL: https://www.oasiscenter.eu/fr/evolution-du-djihad-en-europe-des-annees-1990-aujourdhui.

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