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Réforme ? « L’Islam est déjà moderne »

Nous devons faire les comptes avec « l'exception islamique », et négocier avec

Cet article a été publié dans Oasis 24. Lisez le sommaire

Dernière mise à jour: 03/06/2019 11:48:18

Compte rendu de Shadi Hamid, « Islamic Exceptionalism. How the Struggle over Islam is Reshaping the World », St. Martin’s Press, New York 2016.

 

 

Depuis que, au lendemain des révolutions arabes de 2010-2011, le spectre du djihadisme est revenu hanter le monde musulman, il ne se passe quasiment pas de jour sans que quelqu’un invoque une réforme de l’Islam. L’une des voix qui se distinguent du chœur est celle de Shadi Hamid, senior fellow du Brookings Institution et auteur de Islamic Exceptionalism. Pour Hamid,

 

 

s’il est probable que dans un futur proche l’Islam joue un rôle prépondérant dans la politique du Proche-Orient [...] cela signifie que, au lieu d’espérer une réforme qui n’adviendra vraisemblablement jamais, nous devons tenir compte de l’exceptionnalisme islamique, et, dans la mesure où nous en aurons la volonté et en serons capables, l’accepter (p. 8).

 

 

La raison de cet exceptionnalisme est vite expliquée :

 

 

L’Islam, du fait de son rapport fondamentalement différent avec la politique, a été simplement résistant à la sécularisation (p. 26).

 

 

Ce serait donc une erreur de se figurer pour l’Islam une trajectoire analogue à celle qu’a parcourue le Christianisme : autre en est le moment fondateur, autre l’approche aux Écritures respectives, autre le rapport à la modernité. En effet, selon Hamid, à la différence de ce que pensent beaucoup de gens, « l’Islam pourrait être la plus ‘moderne’ » des religions monothéistes, vu que dans sa tradition juridique, on trouve « des idées et des modèles qui se prêtent aux notions modernes de justice sociale, d’État de droit et de politique démocratique ». Pratiquement, conclut l’auteur, « cela signifie que les musulmans n’ont pas eu besoin de choisir la modernité au détriment de l’Islam. On peut être pleinement musulman, voire pleinement islamiste, et être pleinement moderne » (p. 54).

 

 

Ici, Hamid fait sienne, de façon un peu acritique, la lecture du réformisme islamique de la fin du XIXe siècle, selon laquelle l’Islam était déjà moderne parce qu’il contenait in nuce les grands principes de la modernité européenne. Un chapitre du livre est consacré précisément à cette époque-là, et en particulier à la figure de Rashid Ridâ, lequel assume le rationalisme de ses précurseurs et maîtres Jamâl al-Dîn al-Afghânî et Muhammad ‘Abduh (« l’Islam est la religion de la raison », « l’Islam est la religion de la science ») et en même temps ouvre la voie à la lecture politique de Hasan al-Bannâ et des Frères musulmans.

 

 

Suivant cette ligne, il est donc naturel que Hamid choisisse de consacrer une grande place à l’islamisme, en en analysant quatre déclinaisons différentes : Frères musulmans égyptiens, mouvement Ennahda en Tunisie, Akp turc, et État Islamique. On en vient à se demander toutefois si pour lui, l’exception islamique ne se réduit pas de fait à l’exception islamiste, vu qu’il ne prend presque pas en considération d’autres formes d’Islam. Le fait est que pour Hamid, l’islamisme est le mode privilégié par lequel l’Islam s’affirme dans la modernité, et est de ce fait la réalité avec laquelle la culture libérale doit faire ses comptes, non, naturellement, dans la variante djihadiste-révolutionnaire de l’EI, mais dans celle, « gradualiste », des Frères musulmans et semblables.

 

 

Dans cette perspective, Hamid semble négliger un point crucial : s’être adapté aux formes modernes de la vie politique ne signifie pas avoir réglé les comptes avec la modernité et avec ses fondements philosophiques, à commencer par la centralité du sujet et de sa liberté. Revient à l’esprit la leçon du philosophe Bahreïnien Mohammed Jâbir al-Ansârî, qui décèle dans le rapport entre pensée arabe et modernité la tendance constante à une « conciliation » hâtive, aux dépens d’une appropriation critique. En réalité, Hamid lui-même n’est pas sans être conscient des risques liés à la participation politique des islamistes. Il écrit de fait que la « polarisation est inévitable quand l’Islam cesse d’être, comme il l’était naguère, source d’unité, pour devenir au contraire le territoire d’un parti précis. Les partis concourent pour le pouvoir de l’État, et lorsque l’État est fort et surdéveloppé, l’enjeu augmente, enclenchant un cycle infini de polarisation » (p. 265). Mais au nom de la « différence de l’Islam », Hamid ne parvient pas à admettre que, étant partie du problème, les islamistes ne sauraient en représenter la solution.

 

 

Les opinions exprimées dans cet article n’engagent que la responsabilité les auteurs et ne reflètent pas nécessairement la position de la Fondation Internationale Oasis

Pour citer cet article

 

Référence papier:

Michele Brignone, « Réforme ? « L’Islam est déjà moderne » », Oasis, année XIII, n. 24, décembre 2016, pp. 138-139.

 

Référence électronique:

Michele Brignone, « Réforme ? « L’Islam est déjà moderne » », Oasis [En ligne], mis en ligne le 21 février 2017, URL: https://www.oasiscenter.eu/fr/reforme-lislam-est-deja-moderne.

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