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Moyen-Orient et Afrique

Irak : «pire aujourd’hui qu’il y a deux mois et mieux que dans deux mois»

Après les élections en Irak le cadre politique est dans une impasse et les violences en hausse

Dernière mise à jour: 07/02/2018 14:12:15

Notre espérance est qu’après l’Eid al-Fitr, la longue fête qui marque la fin du jeûne du mois de Ramadan, les partis irakiens les plus importants soient enfin capables d’interrompre la très longue impasse qui paralyse le cadre politique irakien après les dernières élections. En fait, depuis mars dernier, quand eurent lieu les élections politiques générales, le pays est bloqué à cause de l’incapacité d’atteindre un accord de la part des deux «vainqueurs » de la dispute électorale, l’ex-Premier ministre Iyad Allawi et le Premier ministre Nuri al-Maliki.

 

 

 

 

 

Le premier mène l’alliance électorale Iraqiyya, qui s’est avérée être le plus grand parti, même si avec seulement quelques sièges de différence et a présenté une plate-forme politique anti-sectaire et sécularisante. Al-Maliki, Premier ministre sortant, considère cependant avoir de plus grandes chances de former un gouvernement et accuse Allawi de représenter uniquement les intérêts des sunnites et des nostalgiques de l’ancien régime, en se proposant comme la seule formation capable de jouer le médiateur entre les différentes principales communautés, chiites, sunnites et kurdes.

 

 

 

 

 

Ce qui rend ce cadre encore plus complexe, ce sont les intérêts, les droits de veto qui se croisent et les tactiques des autres alliances électorales, dont parmi toutes celle des kurdes et de l’autre regroupement chiite, formé par l’ISCI – sorti lourdement pénalisé des élections – et les chiites radicaux de Muqtada al-Sadr. Cette impasse est en train de produire des effets fortement négatifs au niveau de la sécurité (avec l’augmentation des violences et des attaques terroristes), dans le domaine économique et de la reconstruction (jusqu’à présent désastreuse) et elle engendre un éloignement croissant du « pays réel » – mis à genoux à cause du manque de biens primaires (l’eau et l’électricité sont encore intermittents) et d’un taux de chômage et de sous-emploi élevé – du monde politique. Une expression des plus en vogue actuelleent à Bagdad est celle qui décrit ainsi la situation politique : « aujourd’hui c’est pire qu’il y a deux mois et mieux que dans deux mois ». Une vision pessimiste qui reflète la précarité de l’organisation institutionnelle et politique du nouvel Irak et qui risque de rendre vains tous les succès de ces dernières années dans le domaine de la lutte contre les jihadistes entraînés par al-Qaeda, les milices radicales, les différents opposants ou les simples bandes de délinquants.

 

 

 

 

 

Certainement, les forces jihadistes semblent désormais marginalisées et incapables d’abattre par la force le nouveau système institutionnel post-Saddam. Mais il est évident que l’instabilité politique favorise une augmentation des attentats et des violences, souvent utilisées cyniquement autant par les politiciens irakiens que par les pays limitrophes. Si l’impasse entre al-Maliki et Allawi devait s’envenimer, cela déboucherait sur la naissance d’un exécutif confié à une personnalité mineure, qui risque de ne pas avoir une majorité nécessaire et qui devra probablement affronter une nouvelle radicalisation des tensions ethno-sectaires. Dans ce scénario, l’alliance kurde pourrait être tentée d’affaiblir ultérieurement ses propres liens avec le centre ce qui donnera lieu à une indépendance masquée des provinces kurdes.

 

 

 

 

 

Cela ferait précipiter les relations kurdes-arabes dans les zones mixtes (Mossoul et Kirkouk in primis) et provoquerait une augmentation des interférences des pays frontaliers, lesquels – même pour des raisons différentes – ne veulent pas d’une fragmentation du pays (tout en poursuivant des politiques qui minent depuis des années la consolidation du nouvel ordre politique post-Saddam). Une situation très dangereuse et qui pourrait favoriser des coups de force militaires, surtout après le départ des derniers militaires américains prévu pour la seconde moitié de 2011. La solution que tous souhaitent – surtout Washington – est au contraire la composition d’un gouvernement de large entente – avec un compromis entre al-Maliki et Allawi qui ratifie une partition du pouvoir politique et permette un dépassement temporaire de l’opposition politique. Dans tous les cas, les réformes constitutionnelles demeurent fondamentales pour rééquilibrer les pouvoirs des organes de l’État, actuellement trop favorables au Premier ministre.

 

 

 

 

 

Pareillement, les décisions attendues depuis cinq ans ne peuvent plus désormais être renvoyées, comme la loi pour la distribution des bénéfices des hydrocarbures entre le centre et la périphérie, un compromis sur les « villes convoitées » par les kurdes et les arabes (Kirkouk et Mossoul) et une tutelle plus grande des minorités. Parmi elles, la minorité chrétienne, objet depuis des années de violences brutales et de vexations qui risquent d’effacer la plus antique communauté présente en Irak : sans elle, le pays perdrait une part de lui-même.