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Religion et société

Je n’ai d’autre but que de plaire à Dieu et de répandre Son nom dans chaque angle du monde

Pour comprendre plus à fond certains entre les sujets dans la troublée phase politique qui vive la Turquie aujourd’hui, Oasis propose de nouveau deux entretiens avec deux personnes d’importance publique pour le pays : Fetullah Gülen, fondeur d’un mouvement diffusé en plusieurs pays et opérative dans différents domaines, de l’économie à l’éducation, et qui est critique aujourd’hui à l’égard du gouvernement turc actuel, et Egemen Bağış, près d’Erdoğan, ancien Ministre des Relations avec l’Union Européenne (il a démissionné après les accusations de corruption qui ont frappé certains membres du gouvernement).

Entretien de Michele Brignone

 

 

Fethullah Gülen un des intellectuels les plus influents de la planète, se livre. Musulman, né en Turquie, homme éclectique et très actif dans de nombreux secteurs, il est à l’origine d’un mouvement présent dans différents pays qui agit dans la société civile, l’économie et surtout l’éducation, « le plus grand don qu’une génération puisse faire à l’autre».

 

 

En 2008, sur la base d’un sondage, la revue Foreign Policy l’a défini l’intellectuel le plus influent de la planète : c’est le turc Fethullah Gülen. Il n’aime pas être défini comme leader spirituel, et pourtant, son expérience a donné naissance à un mouvement islamique présent dans le monde entier et engagé surtout dans l’éducation. Comme son maître, Said Nursi, Gülen pense que le Coran doit être lu à la lumière des temps, mais sans en trahir le contenu et toujours en s’inspirant de la tradition islamique. Éducateur, écrivain, penseur, imam, protagoniste du dialogue interreligieux, il est actif sur de nombreux fronts. Son objectif, comme il l’affirme dans cet entretien, est unique : « Faire connaître le nom de Dieu dans tous les coins de la terre ».

 

 

Pouvez-vous nous parler des expériences, des rencontres et des circonstances qui ont marqué votre vie ? En particulier, nous avons visité récemment la ville d’Urfa, où nous avons vu la tombe de Said Nursi[1]. Quel a été l’impact de ce penseur et réformiste sur votre croissance spirituelle et intellectuelle ?

 

 

Je peux affirmer avec certitude avoir toujours été profondément touché par les efforts, l’abnégation et l’altruisme de nos amis qui font partie du mouvement de volontaires et qui de manière désintéressée ne ménagent pas leurs efforts pour le bien de l’humanité. Parmi les services (hizmet, comme on dit en turc) qu’ils rendent, sont inclues des activités éducatives qui, commencées initialement dans quelques localités et avec des moyens limités, se sont par la suite développées petit à petit ici et là et se sont diffusées progressivement dans toute la Turquie et le monde entier. Les éducateurs qui travaillent dans ces écoles étaient bien conscients des difficultés qu’ils allaient rencontrer. Tout en recevant le soutien de riches philanthropes, de fondations et d’associations, ils ont fait face à de nombreuses difficultés et à de lourdes privations.

 

Pour ce que vaut mon avis, je dirais que Bediüzzaman Said Nursi est le plus grand penseur de notre époque, un homme d’action qui a profondément souffert à cause des maux qui affligent l’Islam et toute l’humanité et il s’est engagé en sa faveur. Il fut un grand chercheur et un héros, du point de vue de la moralité, de l’honneur, de la modestie et des services rendus à l’humanité. Ses pensées et sa manière de vivre m’ont profondément inspiré et touché, tout comme ils ont touché quiconque était en contact avec lui. Il y a d’autres grandes personnalités que je considère également éminentes et que j’ai admirées pendant toute ma vie : par exemple, les grands maîtres soufis comme l’Imam Rabbânî[2], Mawlâna Khâlid[3] , al-Ghazâlî[4], ‘Abd al-Qâdir al-Jilânî[5] et Muhammad Bahâ’uddîn[6], j’ai sérieusement cherché à comprendre leur vision des choses. Marcher sur ses traces a toujours été pour moi comme marcher derrière le Messager de Dieu (Mahomet, ndr). De mon point de vue, Bediüzzaman est particulier parce que c’est une personne de l’ère moderne et j’admire sa parfaite capacité à l’interpréter.

 

 

Quand avez-vous pensé à transformer votre expérience personnelle en un mouvement international ? Comment définiriez-vous la nature et les idéaux du Mouvement Gülen?

 

 

Malgré l’état sérieux de maladie dans lequel je me trouve, il y a encore des personnes qui me considèrent comme le « chef d’une communauté religieuse » ou le « cheikh d’un ordre soufi ». Ces définitions me heurtent fortement. J’ai toujours poussé les personnes qui respectent ma pensée et ont une opinion positive de ma personne à accomplir des œuvres que je considérais bonnes et utiles. Je leur ai conseillé, par exemple, d’ouvrir des écoles et des centres de formation qui prépareraient aux tests d’entrée des universités. Après, je me suis rendu compte que de nombreuses personnes répondaient positivement à ces invitations, animées de la même vision. Je suis seulement un musulman et un citoyen ordinaire et, tout ce que j’ai fait, je l’ai fait pour mon peuple. Aujourd’hui, l’idée sous-jacente à ce mouvement – ou à la « communauté », comme on l’appelle – est celle d’un ensemble de personnes qui partagent les mêmes émotions, qui ont des idées semblables et unissent leurs efforts pour chercher les meilleures réponses possibles à des questions comme : « De quelle manière pouvons-nous nous mettre au service de notre peuple ? Comment pouvons-nous contribuer au progrès de notre pays tant en termes matériels que moraux ? Comment pouvons-nous éclairer les âmes et illuminer les cœurs ?».

 

Le résultat est que ces personnes de foi ont porté leurs convictions en Asie, en Europe, en Amérique et aussi en Afrique et elles ont construit des centaines d’écoles dans les pays où elles se sont rendues. Là, comme en Turquie, elles ont fondé des sociétés et des entreprises qui ont financé la construction de nombreuses écoles. Si j’ai joué un rôle dans ce processus et si je peux dire que j’ai été utile à l’humanité, c’est uniquement à cause des conseils que j’ai donnés. Nous n’avons pas d’autre objectif que celui de plaire à Dieu. Je n’ai d’autre but que celui de faire connaître le nom de Dieu dans chaque coin du monde, en préservant la foi des gens et leur sort dans l’Au-delà et en établissant la paix et un ordre juste pour mon pays et pour toute l’humanité. J’étais et je reste fermement convaincu que la paix véritable et l’ordre de justice ne sont possibles qu’à travers l’action d’individus responsables et hautement moraux, profondément spirituels et décidés à s’abstenir de tout acte erroné de corruption et d’abus.

 

 

Comme vous l’avez déjà dit, parmi les activité organisées par le Mouvement Gülen l’éducation a un rôle prééminent. Pourquoi cette préoccupation ? Que signifie pour vous l’éducation et comment pensez-vous qu’elle puisse influencer les jeunes générations ?

 

 

Le monde, avec la progression des technologies de la communication et des transports, est devenu un village global. Désormais, toutes les nations ressemblent les unes aux autres. Dans cette mosaïque de pays et de nations, les nations qui n’auront pas été capables de protéger leur style de vie et leurs spécificités finiront par disparaître. Les peuples ne pourront continuer à exister que s’ils renforceront ultérieurement leur identité nationale, mais en complet accord avec les exigences de l’ère moderne et, naturellement, en pleine conformité avec les valeurs universelles. ‘Ali (quatrième calife de l’Islam et gendre du Prophète), qui occupe une place de premier plan dans l’Islam, a dit : « Tous les musulmans sont nos frères et sœurs dans la foi et les non-musulmans sont nos frères et sœurs en humanité ». La nature d’ « êtres humains » devrait être le terrain commun qui nous unit tous. Pour cela, les hommes doivent avoir grandi dans un esprit de respect des valeurs morales et leurs cœurs devraient être emplis d’amour pour les « frères et sœurs » dans la foi ou en humanité. De cette manière uniquement nous serons capables de léguer à ceux qui viendront un monde plus heureux.

 

Au cours de l’histoire, les générations les plus anciennes ont assumé la responsabilité d’éduquer les générations successives. Pour eux, c’était un devoir. Dans ce sens, une éducation réussie a toujours été le plus grand don qu’une génération pouvait faire à une autre. L’éducation et la transmission des valeurs empêchent les êtres humains de dévier de leur nature en cédant aux appétits charnels et aux passions. L’éducation, en même temps, fait émerger et développe les capacités et les talents enfouis dans les êtres humains et aide à révéler le potentiel de leur esprit. L’éducation et le dialogue sont les faces complémentaires d’un projet pour la civilisation humaine. Tandis que la première se préoccupe de faire grandir des générations qui aiment la paix et la fraternité, et donc des individus sains de conscience et d’intelligence, le second est une partie indispensable de la première parce qu’il se soucie de rendre possible la paix et de la maintenir en instillant dans les jeunes générations une culture d’acceptation de leur condition et de leur position et une ouverture bienveillante à toutes les différences.

 

 

Votre engagement religieux semble représenter un défi pour la laïcité – un fondement, non seulement de la Turquie moderne, mais aussi des pays occidentaux où le Mouvement Gülen s’est diffusé. Pensez-vous que le modèle de la laïcité, aussi dans les formes prises en Europe ou en Amérique, soit encore valable ou pensez-vous que la relation entre politique et religion doit être repensée ?

 

 

Avant tout, nous devons rappeler que la laïcité est définie comme « un système où la religion n’interfère pas avec les choses du monde et où l’administration de l’État n’interfère pas avec la vie religieuse des personnes, leur permettant de pratiquer leur foi dans leur vie ». Il revient aux personnes de décider librement de suivre ou non une religion, et elles ne pourront en aucune manière être contraintes à croire ou à suivre les préceptes d’une religion déterminée. L’Islam se base sur le libre arbitre et fonde tous ses principes sur cette prémisse. La foi religieuse est sacrée ; cependant, cette sacralité exige absolument que la religion ne devienne pas un instrument pour obtenir des avantages mondains de n’importe quel type. Politiser la religion en attribuant une sorte de sainteté à nos opinions ou à des positions déterminées peut constituer à la fin une insulte à la religion et l’humilier. La vérité de la religion doit être représentée de telle manière à être comprise comme quelque chose qui se pose au-delà de toute perspective ou interprétation politique. Je pense donc que ceux qui politisent la religion lui procurent vraiment un grave préjudice.

 

À la lumière des exégèses les plus adéquates du Coran et de la Sunna produites à l’époque actuelle, il est impossible de considérer l’Islam en conflit avec la démocratie. Ensuite, en ce qui concerne les dimensions juridiques, philosophiques et politiques de la laïcité, nous voyons aujourd’hui qu’elle est appliquée dans différentes parties du monde au sens politique, et dans d’autres pays au sens juridique. La laïcité, c’est-à-dire la séparation de l’État et des affaires religieuses, peut en fait indiquer la neutralité de l’État dans les questions religieuses, ou, comme le soulignent de nombreux politiciens, la protection de la sphère et du statut de la religion en en empêchant des interprétations négatives.

 

La laïcité politique peut varier selon les inclinaisons et les positions personnelles. Je crois cependant qu’en Turquie, lorsqu’on parle de laïcité, on considère en réalité une sorte de laïcisme très différent de la laïcité juridique ou philosophique. Comme soutient Ali Fuat Başgil [7] dans son livre Din ve Laiklik (Religion et laïcisme), le laïcisme en Turquie a été seulement « un peu » semblable à la laïcité moderne et les premiers commentateurs turcs ont initialement interprété la laïcité comme « la-dini » (irréligiosité) en ne reconnaissant aucun espace à la religion dans leur système. Cependant un système est un système, c’est-à-dire une entité relative, collective, tandis que la religion est pour les hommes, pour les personnes réelles.

 

 

En Turquie est également en cours une réévaluation du rôle de l’Islam dans la vie publique. Pensez-vous que ce fait parviendra à modifier à la racine la culture politique de votre pays et influencera sa position géopolitique ?

 

 

La position géopolitique de la Turquie, tant aujourd’hui que dans le futur, est liée à la place que l’Islam occupera dans la société. Dès les origines, notre installation même en Anatolie fut la conséquence de ce sentiment et de cette idée. La position géopolitique que nous avons acquise successivement dans l’histoire, également durant la période ottomane, a dépendu de notre dévotion envers l’Islam. Pour cela, la question n’est pas de savoir si la place de l’Islam dans la société pourra changer la géopolitique de la Turquie, mais, dans quelle direction ce changement se produira-t-il. Il a déjà été affirmé abondamment que les musulmans en Turquie pratiquent l’Islam comme religion et que l’Islam politique est faux et inutile. La religion est une question entre l’individu et Dieu et se base sur la sincérité, l’intimité, l’honnêteté, sur la recherche de l’approbation de Dieu dans chaque action et intention. La religion sert à l’individu à ordonner sa vie aux « pures collines couleur émeraude du cœur ». C’est absolument erroné de négliger l’aspect spirituel de la religion, de la réduire à un spectacle ou de l’étaler de manière prétentieuse. Politiser l’Islam dans un État laïc comme la Turquie est une trahison de l’essence de l’Islam ; la religion ne doit jamais être utilisée comme un instrument politique.

 

 

 

Oasis a publié récemment un entretien dans lequel Mons. Padovese met en évidence la condition précaire des chrétiens en Turquie et les discriminations auxquelles ils sont soumis. L’assassin de l’Évêque italien, tout comme celui du père Andrea Santoro, du journaliste turc-arménien Hrant Dink et d’autres membres de minorités religieuses, semblent de tragiques exemples de cet état de choses. Quel est à votre avis la situation de la liberté religieuse en Turquie ?

 

 

Le noyau de la question de la liberté religieuse et de foi est reconduisible au fait que chacun devrait pouvoir choisir librement la religion qu’il préfère, observer les obligations religieuses sans être soumis à aucune inhibition, recevoir l’éducation nécessaire pour pratiquer ce en quoi je crois et enseigner ma foi aux autres. Celui qui conçoit la religion seulement comme un fait de convictions personnelles limité à la conscience individuelle déforme la religion par des interprétations qui sont en conflit avec les décrets divins et limite sa sphère d’application et d’influence, en rendant vains les bénéfices que Dieu accorde aux individus, à la famille et à la société à travers la religion. À côté d’une adhésion ferme aux principes de foi, le credo islamique implique aussi la pleine observance de la discipline islamique, une pratique rigoureuse des normes morales et le respect de certaines règles liées à la vie familiale, sociale et juridique. Seuls les vrais musulmans qui pratiquent et observent avec rigueur l’Islam ont montré un respect sincère pour chaque religion, opinion et philosophie de vie, ils se sont toujours engagés dans un dialogue sincère et ont été très tolérants avec les fidèles des autres religions. Par contre, ceux qui ne comprennent pas correctement l’Islam agissent envers ceux qu’ils appellent « les autres » – évidemment s’ils ont le pouvoir de le faire – avec violence, force brutale, guerres et autres actes cruels et sauvages. Dès le début, le Prophète Muhammad, paix et bénédiction soient sur Lui, s’est comporté envers les fidèles d’autres religions avec une tolérance extraordinaire, en poussant ses disciples à agir dans la même direction et en leur rappelant leur devoir d’être la ummat al-wasat (la communauté médiane loin de tout type d’extrémisme). Les musulmans ont toujours respecté cet appel et, à l’exclusion des attitudes fanatiques et violentes de certaines personnes affligées d’étroitesse d’esprit et de mauvaise conscience, ils ont toujours agi avec une tolérance sincère, ils ont été respectueux des croyances et des philosophies d’autrui et n’ont jamais opprimé quelqu’un à cause de ses opinions ou croyances religieuses. Ils ne pourraient pas le faire, parce que dans le Coran, le verset « Pas de contrainte en religion : la voie droite se distingue de l’erreur »(Coran 2,256) indique clairement comment se comporter. Certainement, les musulmans croient que embrasser la religion porte au bonheur absolu. Mais, si on suit le verset « Pas de contrainte en religion », il n’est pas acceptable de contraindre les personnes à se convertir à l’Islam. Au contraire, l’Islam s’engage à protéger les autres de contrainte de tout type et garantit à tous la possibilité de vivre tranquillement leur religion. L’engagement dans l’Islam au nom de la liberté de religion et de la conscience personnelle est très clair. Je pense qu’il suffit de lancer un regard à l’histoire. Des jours resplendissants du Prophète jusqu’aux Omeyyades, aux Abbassides et aux Ottomans, tous les gouvernants – à l’exception de quelques-uns – ont garanti aux minorités le droit de préserver et de pratiquer leur propre croyance, de participer librement au culte, d’observer les jours de fête, d’éduquer leurs enfants selon leurs propres convictions, de s’associer en institutions, corporations et fondations pour continuer à exister, de restaurer de vieux édifices de culte et d’en construire de nouveaux, et n’ont rien demandé en échange sinon l’obéissance aux lois et à la structure juridique de l’État.

 

 

Cependant, l’Islam et les sociétés islamiques traversent actuellement des moments difficiles. Comment le Mouvement Gülen peut-il contribuer à une nouvelle interprétation de l’Islam, si vous retenez qu’une nouvelle interprétation soit nécessaire ?

 

 

Si on veut vraiment appeler cet être-ensemble un « mouvement », nous devrions mettre l’accent sur le fait que ce qu’on appelle mouvement n’a aucune prétention d’atteindre quelque chose de propre à l’Islam. Lorsque nous faisons quelque chose, nous le faisons avant tout en observant et ayant toujours à l’esprit nos obligations et nos responsabilités religieuses. Nous pouvons donc parler plutôt d’une certaine manière de comprendre la foi et la religion qui a particulièrement influencé les personnes de notre époque à partir de Bediüzzaman. Une telle approche vise à réunir des segments de la société qui aujourd’hui sont séparés, brisés et désagrégés, à réconcilier tous les musulmans qui ont été aliénés les uns des autres. C’est la chose qui frappe le plus les personnes, mais elle est liée en tout et pour tout au Coran et à la Sunna. Notre système n’est pas un système de pensée qui naît d’opinions personnelles et d’une réflexion réformiste d’individus qui de fait affirment leur mode personnel de croire et de juger. Pour cela, si on considère que notre mouvement est un mouvement, le stimulus qui l’anime est la capacité des personnes (qui acquièrent la qualité et la capacité nécessaires à lire correctement l’ère présente) d’interpréter le Coran et la Sunna selon les besoins de notre temps. Un autre stimulus dans la même direction est constitué par le nouveau corpus de réflexions avec lequel on veut rencontrer et satisfaire les désirs et les besoins de l’humanité contemporaine. Il ne diffère pas beaucoup de la compréhension islamique formulée par d’autres personnes. Nous ne percevons pas l’Islam d’une manière différente que les autres musulmans. Mais, en un certain sens, nous pourrions être un peu plus en avant que les autres. Par exemple, pour le fait d’accepter et de respecter quiconque quelle que soit sa position sociale. Aujourd’hui, nous avons absolument besoin de nouvelles interprétations qui tiennent compte des aspects pas encore pleinement révélés du Livre et des actions du Prophète selon les évolution des besoins et sans en altérer l’authenticité. Dans l’explication des aspects propres à l’Islam, le style, la rhétorique ou la manière de s’adresser aux personnes peuvent varier avec le temps. Le Coran est, avant tout, un don de Dieu. Et de ce don, on peut bénéficier de nombreuses manières. L’important est d’interpréter le Coran dans tous ses aspects et en y réfléchissant en profondeur, en cherchant, à la lumière des conditions actuelles, à découvrir et à porter à la lumière les perles et les trésors précieux que le Coran contient ainsi qu’ils se révèlent dans le devenir historique. Au cours de l’histoire, de nouvelles interprétations ont toujours permis de découvrir différentes couleurs de la révélation divine. ‘Umar Ibn Abd al-‘Azîz[8] , al-Ghazâlî, Fakhr ad-Dîn al-Râzî[9], Imam Rabbânî, et Bediüzzaman ont tous lu le Coran de manière diverse que ne l’avaient fait leurs prédécesseurs.

 

 

Lisez aussi l'entretien avec Egemen Bağiş.

 

 

[1] Né en 1878 dans celle qui était à l’époque la province ottomane de Bitlis, en Anatolie orientale, il fut un important penseur et réformateur musulman, auteur d’un important commentaire coranique. Sa réputation lui valut le surnom de Bediüzzaman (la merveille du temps). Il meurt à Urfa (Édesse), en Anatolie, en 1960. Sa tombe fut démolie et le corps déplacé pour en empêcher la vénération.

 

[2] Imâm-i Rabbânî Shaykh Ahmad al-Farûqî al-Sirhindî (1564-1624), d’origine indienne, fut un grand mystique et réformateur islamique.

 

[3] Khâlid al-Baghdâdî, mystique de la confraternité Naqshbandiyya, mort en Syrie en 1826. Il est l’auteur de plusieurs traités soufis.

 

[4] Abû Hâmid al-Ghazâlî (1058-1111), mystique et théologien, fut un des plus grands penseurs et réformateurs de l’histoire de l’Islam. Cfr. « Oasis » 11 (2010), 66-69.

 

[5] ‘Abd al-Qâdir al-Jilânî (1077-1166) fut un des plus grands mystiques musulmans et fondateur de la confraternité Qâdiriyya. Il est enterré à Bagdad.

 

[6] Muhammad Bahâ’ ud-Dîn (1318-1389), grand mystique musulman, il est le fondateur de la con-fraternité soufie Naqshbandiyya. Il est enterré à Boukhara, en Asie Centrale.

 

[7] Célèbre juriste turc né en 1893 et mort en 1967.

 

[8] Il vécut entre le VIIe et le VIIIe siècle, huitième calife de la dynastie omeyyade, célèbre pour sa piété religieuse.

 

[9] Né en Iran en 1149 et mort à Hérat dans l’Afghanistan actuel en 1209, théologien, il est l’auteur d’un très important commentaire du Coran.

 

 

 

 

 

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