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Religion et société

Le djihadisme nous oblige à réfléchir sur notre mode de vie

Messages et bougies en hommage aux victimes des attentats de Barcelone et Cambrils sur les Ramblas

Face au terrorisme, renaît de ses cendres la revendication d’un « style de vie » occidental. Mais existe-il vraiment ?

Dernière mise à jour: 04/05/2018 17:40:36

« Ils ne réussiront pas à changer notre mode de vie ». C’est une des expressions les plus répétées à la suite des attentats terribles qui ont frappé Barcelone et Cambrils. Nous l’avons entendue prononcée par des hommes politiques, des journalistes et une infinité de personnes de bonne volonté qui ont manifesté publiquement leur refus de ces crimes irrationnels. « Ils ne réussiront pas à changer notre mode de vie ». En sommes-nous sûrs ? En fait, que ça nous plaise ou non, il est des choses qui changent : nous voyons augmenter les mesures de sécurité - plus nécessaires que jamais - et germer l’intolérance mais, bien plus encore, la haine de l’Islam et des musulmans qui vivent parmi nous. Des germes qui peuvent mener à la violence et, plus encore, laisser se répandre une défiance généralisée à l’égard de tout ce qui est différent.


Face à cette expression, voici apparaître une foule de questions de plus en plus radicales : comment se fait-il que nous nous mettions, maintenant, à parler de « notre mode de vie »? Que signifie ce « notre »? Est-il possible d’identifier un noyau de biens et de valeurs communs à tous, pour lesquels nous soyons disposés à travailler ensemble ? Que faire dès lors de l’individualisme suprême qui règne sur notre vie sociale ? Du coup, face à l’hostilité assassine du djihadisme, nous voyons renaître de ses cendres la revendication d’un « mode de vie » - le mode occidental - qui a caractérisé l’Europe au cours de ce que nous appelons la modernité et qui s’était déjà, presque solennellement, faite passer pour défunte. Les morts semées par les attentats semblent avoir la vertu de ressusciter l’idéal illuministe d’une société libre et rationnelle comme s’il était socialement partagé et désiré de tous. Mais en est-il vraiment ainsi ? La fragmentation qui prévaut à tous les niveaux de la vie personnelle et sociale ressemble à un démenti. Le moins qu’on puisse dire est que l’individualisme galopant de notre société qui nous rend de plus en plus incapables de communiquer entre nous ne nous permet pas de nous référer de manière pacifique et naturelle à un « mode de vie » supposé commun. Il suffit de penser aux logiques d’exclusion qui supportent l’économie et la politique et partant les relations sociales. La fragmentation y domine au point qu’il est difficile d’affirmer, restant dans le vrai, que « notre mode de vie » tel que nous le concevons existe. 

 L’individualisme nous rend incapables de communiquer


Effectivement, « L’individualisme post-moderne et mondialisé favorise un style de vie qui affaiblit le développement et la stabilité des liens entre les personnes » (Francesco, Evangelii gaudium 67). Inutile de le dire, la situation est bien plus complexe. Nous ne manquons certes pas d’expressions de solidarité et de travail commun - nous l’avons vu en plein au cours des années les plus dures de la crise - qui signalent une certaine persistance de l’idée de bien commun. Toutefois, ces expressions - authentiques et génératrices d’une bonne vie dans la société - ne semblent pas avoir la force de modifier la mentalité individualiste dominante.



Et alors ? Face à ces attentats - auxquels il s’impose de réagir par toutes les mesures appropriées assurées par l’état de droit et à tous les niveaux, y compris, fondamentalement, au niveau de l’éducation - chacun de nous se voit confronté à une alternative radicale. Nous pouvons en être plus ou moins conscients mais le mode selon lequel chacun de nous « reprendra » son existence quotidienne à la suite des attentats, montrera quel a été son choix. 

Chacun de nous se voit confronté à une alternative radicale


Nous pouvons d’une part continuer à affirmer, avec un narcissisme évident, le mode que nous considérons comme « notre mode de vie », barrant le chemin à toute sorte de question ou d’objection, à toute fissure qui puisse frayer la voie à un minimum de réflexion critique. Nous pouvons choisir de nous complaire dans la contemplation de nous-mêmes fuyant tout lien ou relation dans un engrenage d’autoréférence absolue laissant prédominer l’illusion et l’apparence jusqu’à mourir exsangues comme Narcisse au bord de sa source. Ou alors, nous pouvons nous laisser frapper à fond par la violence irrationnelle de ces faits, permettre à la blessure de saigner et de suppurer tout le mal qui nous laisse le cœur opprimé de telle sorte que la question sur la signification de vivre et de mourir puisse se présenter comme expression privilégiée de la magna quaestio qu’est l’homme.


Tout « mode de vie » est une expression pratique de la réponse que chacun de nous donne aux questions essentielles qui le caractérisent en tant qu’homme. Nous avons l’occasion de nous rencontrer et de nous raconter les questions et les réponses qui nous font vivre. Surmontant les barrières idéologiques anachroniques, à la recherche de la lumière qui illumine l’homme. Chaque homme. Cela en vaut la peine. 

 

Texte traduit de l’espagnol

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