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Religion et société

Le droit islamique et la diversité de l’autre

 

 

Auteur: Yohanan Friedmann

 

Titre: Tolerance and Coercion in Islam: Interfaith Relations in the Muslim Tradition

 

Éditeur: Cambridge University Press, Cambridge 2003

 

 

 

 

Je ne sais pas comment traiter ce peuple, qui n’est ni arabe ni d’une religion du Livre ». Les paroles du calife Omar, perplexe sur le traitement à réserver aux zoroastriens, décrivent le dilemme que l’Islam a dû affronter depuis le début de son expansion : quelle relation entretenir avec les autres communautés religieuses.

 

 

L’auteur de l’ouvrage, en partant du texte coranique et de la Sunna du Prophète, montre comment la doctrine sunnite a produit en un énorme effort interprétatif, aux résultats parfois conflictuels, pour appliquer les maigres données dérivant du texte révélé et de la tradition pro phé tique à un panorama social, religieux et politique en évolution continuelle.

 

Friedmann s’intéresse à la doctrine islamique, non à l’application que celle-ci a reçu des politiciens et des opérateurs de droit. Il laisse par contre transparaître les raisons socio-politiques qui ont poussé continuellement la doctrine vers de nouveaux résultats : par exemple, l’hostilité initiale à l’égard des zoroastriens et surtout des polythéistes laisse la place, dans le temps, à une tolérance plus grande et à une ouverture, quand avec l’expansion de l’Islam en Orient, les musulmans finissent par gouverner des territoires où ces religions sont majo¬ritaires et perçoivent de façon réaliste qu’ils ne peuvent imposer immédiatement la nouvelle foi.

 

 

Que le réalisme politique soit un facteur évolutif du droit islamique n’est pas une nouvelle acquisition pour les chercheurs du reste, il s’agit d’un élément qui peut-être marque la généralité des expériences juridiques. Comme ne l’est pas non plus une deuxième considération que Friedmann avance de façon générale.

 

 

En effet, il lit dans la doctrine la tentative de situer à l’intérieur de la révélation coranique une évolution qui par contre advient seulement à un moment postérieur : les juristes classiques attribuent à la période prophétique des acquisitions qui en réalité se situent à une période successive.

 

 

Mais le travail de Friedmann est très appréciable, tant pour la documentation qu’il apporte pour soutenir sa reconstruction – trésor précieux à disposition des chercheurs – que pour l’accent mis sur certains caractères de la doctrine islamique dans les thèmes de liberté religieuse, apostasie et rapports avec les autres confessions religieuses, qui contribue à déchiffrer certains nœuds problématiques, que l’on peut déceler tant en Islam qu’en Occident, et dans les pays à majorité islamique. En effet, le chercheur montre comment la doctrine islamique classique, en thème de liberté, tourne autour de certains fondements clairs : une attention fixée le plus souvent sur la péninsule arabe (ou à une partie de celle-ci), à protéger en garantissant une uniformité religieuse qui par contre a subi des tempéraments consistants dans les pays progressivement conquis, et une claire différenciation entre musulmans et non-musulmans. Les chercheurs de l’époque classique et les mêmes leaders politiques ont oscillé entre la distinction des peuples du Livre protégés et les polythéistes, mais ils ont toujours tenu à distinguer fermement la communauté islamique et ceux qui n’y appartiennent pas.

 

 

Friedmann, à travers une enquête minutieuse et sans préjugés, montre la complexité de la doctrine islamique en termes de rapports avec les autres confessions. Bien qu’il n’en parle pas explicitement, on devine la nécessité pour les musulmans de reprendre une réflexion qui sache extrapoler un patrimoine juridique inestimable à partir de relativement peu de données, et en l’adaptant à un panorama social et politique en changement continuel. En d’autres termes, l’auteur semble reconnaître que l’Islam a été, depuis le début, objet d’interprétation culturelle.

 

 

Le fait que le droit islamique ait évolué laisse espérer ; la circonstance que cela soit advenu de façon cachée, par contre, pose des difficultés à celui qui s’essaie ouvertement à de nouvelles interprétations de la tradition. Du reste, les musulmans sont dans une condition dramatique : si, comme semble le dire Friedmann, il est juste et raisonnable de choisir quasi arbitrairement les éléments de la propre reli¬gion à conserver, l’Islam disparaît dans l’image que chacun en donne ; si par contre, il est réaliste de penser que textus crescit cum legente, alors une interprétation culturelle de l’Islam est vraiment possible et respectueuse de sa nature.

 

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