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Les éditeurs musulmans au crible

L’Islam en France au miroir des éditions Tawhîd, sous la direction de Michel Younès, Profac, Lyon 2014

Dans L’Islam en France au miroir des éditions Tawhîd, une équipe de recherche du CECR (Centre d’étude des cultures et des religions) tente de définir les contours de l’Islam français, à travers l’analyse des œuvres les plus importantes sorties aux éditions Tawhîd. Cette maison d’édition, fondée dans les années 1990, publie des ouvrages de vulgarisation de l’Islam en langue française afin de répondre aux attentes avisées des jeunes musulmans nés en France. Les textes publiés aux éditions Tawhîd sont analysés à partir de huit points de vue différents. La première étude, réalisée par Étienne Renaud, porte sur la traduction française du Coran, sous la direction de Mohamed Chiadmi.

 

 

Si l’on en croit son auteur, cette traduction, qui frôle souvent la paraphrase, montre que son but n’est pas scientifique, mais qu’elle cherche à aller vers le musulman français qui n’a pas accès à la langue arabe. Le deuxième article, écrit par Michel Younès, aborde la question de la transmission de la foi qui se traduit, chez Tawhîd, par une orientation que celui-ci qualifie de « conservatrice », dans la mesure où les affirmations claires et sûres sont préférées à la réflexion ou au débat, avec pour but de donner une identité affirmée aux musulmans français. La troisième étude, réalisée par Maurice Borrmans, traite des actes du culte et souligne le fait que les éditions Tawhîd se concentrent sur leurs descriptions pratiques minutieuses, tout en laissant de la place, du moins dans les petits livres de Suhayl Brahami, à des considérations de type moral et spirituel, permettant ainsi une intériorisation des rites. Dans le quatrième exposé, Colette Hamza analyse les livres pour enfants. À ce propos, elle remarque que la plupart d’entre eux sont des rééditions de textes étrangers qui, en tant que tels, ne tiennent pas compte du contexte français ; cependant, elle porte un regard positif sur la récente tentative de Tawhîd de création de ses propres textes. Dans la cinquième étude, qui a pour objet les œuvres sur la condition féminine, Bénédicte de Chaffaut relève deux courants chez Tawhîd. L’un, qu’elle définit comme « réformisme traditionnel », est perceptible dans les textes de Hani Ramadan, Fatima Naseef et Malika Dif, selon lesquels l’homme et la femme sont égaux sur le plan spirituel mais différents sur le plan biologique, raison pour laquelle ils ont des droits et des devoirs non pas égaux, mais équivalents.

 

 

L’autre, qu’elle qualifie de « réformisme radical », est présent dans les livres d’Asma Lamrabet ; celle-ci conteste le modèle patriarcal qui a conditionné la lecture des textes fondamentaux de l’Islam et l’élaboration de la jurisprudence, qui relèguent la femme à un rôle marginal au sein de la société. Puis Maurice Borrmans, qui analyse les thèmes relatifs à la vie, à la mort, à la santé et à la maladie, remarque qu’ils font l’objet d’une approche fondée sur les règles classiques de l’Islam et qui se préoccupe surtout d’encourager les musulmans à affirmer leur identité plutôt qu’à s’adapter, ce qui leur permettrait de vivre dans les meilleures conditions possibles au sein de la société française. L’avant-dernier article, écrit par Erwin Tanner, porte sur Tariq Ramadan, un personnage controversé, auteur de différents livres publiés aux éditions Tawhîd. Il affirme que celui-ci, sous des dehors réformateurs, adopte une vision essentiellement fondamentaliste sur la question de savoir si et comment les musulmans peuvent vivre dans les sociétés européennes. Bertrand Souchard, auteur du dernier exposé ayant pour sujet le rapport entre science et religion, remarque que les éditions Tawhîd, tout en rejetant le « créationnisme radical » d’un auteur tel que Harun Yahya, semblent promouvoir un « créationnisme relatif », étant donné que leurs différents auteurs développent une approche essentiellement fidéiste. Michel Younès en conclut que la ligne éditoriale de Tawhîd, bien que non univoque ni monolithique, montre que cette maison d’édition a pour but principal de transmettre une identité musulmane solide, susceptible de s’affirmer en tant que telle en France, et non pas de l’intégrer dans une dynamique d’interaction avec la société qui l’entoure. Bien sûr, en France comme ailleurs, l’Islam est une réalité plurielle qui revêt de très nombreuses facettes et dont Tawhîd ne représente qu’un porte-parole. C’est pourquoi nous souhaitons que le CECR poursuive ses recherches en étudiant les ouvrages d’autres éditeurs, ce qui donnera une vision d’ensemble du type de formation religieuse destinée aux musulmans de France.

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