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Religion et société

Métissage de civilisations sur la place publique

Martino Diez

« Nous ne devons pas concentrer l'attention avant tout ni sur des indices, ni sur des traits caractéristiques ni sur des tendances, mais sur les processus, sur la façon dont les choses ont cessé d'être ce qu'elles étaient et ont commencé à être quelque chose d'autre ». Ces paroles perspicaces de l'anthropologue américain Clifford Geertz, contenues dans un livre publié récemment en italien (Islam,

 

Lo sviluppo religioso in Marocco e in Indonesia, Raffaello Cortina, 2008), semblent maintenir intacte leur validité aujourd'hui encore, 40 ans après avoir été formulées. Tentant de comprendre ce qui est en train de se produire parmi les peuples décolonisés, Geertz s'aperçoit que les indicateurs économiques alors en vigueur (kilomètres de routes asphaltées, nombre de télévisions, lits dans les hôpitaux, etc.) résultaient presque insignifiants pour une lecture complète du phénomène. En mettant l'accent sur les processus, Geertz parvient à entrevoir la renaissance sous de nouvelles formes du fait religieux et, en même temps, le risque de son idéologisation, comme lors des années où la grande majorité de ses collègues pronostiquaient une sécularisation imminente de matrice socialiste.

 

 

 

La nécessité de comprendre les processus est encore plus pressante aujourd'hui, si cela est possible. Et le processus qui nous interroge davantage, comme le montrent les récents faits divers, est celui que nous proposons depuis longtemps d'indiquer par le terme « métissage de civilisations et de cultures ». Une expression - qui devrait désormais être suffisamment évidente - à comprendre non comme une catégorie prescriptive, mais comme hypothèse explicative, offerte à la liberté des individus et des communautés en vue du devoir difficile d'orienter le flux tourbillonnant des évènements. Le métissage exprime simultanément la richesse, mais aussi le potentiel de violence et d'affrontement inhérent à un processus dont les issues ne sont garanties en aucune façon.

 

 

Un des traits les plus considérables du métissage est certainement l'apparition de multiples acteurs religieux sur la scène publique, sans la médiation d'un « espace neutre » qui en réalité n'a jamais existé : en fait, il s'agissait d'un fond chrétien commun, partagé au moins comme inspiration éthique, bien que non déclarée. Nous voyons bien aujourd'hui que cet arrière-fond partagé a disparu.

 

 

Cette nouveauté représente certainement un défi, mais aussi une possibilité pour l'émergence d'une nouvelle laïcité. Par exemple, les religions, en tant qu'universels concrets, obligent à contextualiser le thème des droits, qui en Occident souffre depuis longtemps d'une abstraction préoccupante. Il ne se passe pas un jour sans qu'on ne propose d'ajouter tel ou tel droit à des déclarations internationales ou régionales, dans la double conviction qu'on ne peut énoncer des droits sans prévoir les devoirs correspondants et que l'affirmation abstraite des principes est suffisante pour en garantir l'application correcte. Ce qui est nécessaire par contre, c'est de prévoir des critères concrets : si on ne discute pas sur le principe, sur les déclinaisons, le débat pourra être serré.

 

 

Cela est apparu avec une évidence particulière lors de la discutable prière-manifestation sur la Piazza Duomo à Milan, répétée par après sur la place devant la gare centrale. Il ne suffit pas dans ce cas, de recourir au sacro-saint principe de la liberté de religion qui, comme nous le savons bien à Oasis étant donné que nous suivons depuis des années les évènements des communautés chrétiennes dans les pays à majorité musulmane, est un des droits les plus menacés au monde. Invoquer la liberté de culte ne peut faire oublier qu'une démonstration de ce genre dénature la dimension religieuse en la réduisant à une perspective politique évidente.

 

 

Il est évident que la prière musulmane n'est pas la prière chrétienne, non seulement dans les formes, mais aussi dans sa conception : le lien avec la dimension politique y est beaucoup plus accentué et non seulement dans le passé. Il faut aussi prendre en compte le moment de particulière tension : avec les faits de Gaza nous sommes désormais arrivés à un « mur contre mur » érigé en système.

 

 

Cependant, l'espace public, s'il n'est pas neutre, n'est pas non plus confiscable par les acteurs. Il doit rester, surtout dans une société plurale, ouvert à la reconnaissance réciproque, en force du bien pratique de l'être ensemble, qui précède et fonde la cohabitation civile, et dans le respect de la tradition prévalente d'un peuple.

 

 

Pour reprendre la dichotomie classique du droit musulman traditionnel, l'espace de la société civile ne peut être considéré ni « maison de l'Islam » ou de tout autre established religion, ni « maison de la guerre » entre factions en lutte, mais « maison du témoignage », comme certains penseurs musulmans européens ont aussi commencé à le suggérer. On ne peut renoncer à ce devoir qui ne pourra jamais être considéré comme clos définitivement.

 

 

Martino Diez

 

 

Centro Oasis - Studium Generale Marcianum

 

 

www.oasiscenter.eu