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Religion et société

Penser les relations islamo-chrétiennes au niveau global

Entrevue avec Mgr. Henri Teissier, Archevêque émérite d'Alger

Comment décririez-vous la situation actuelle de l’Algérie ?

 

 

Je pense que le repli sur l’identité, arabe pour certains, berbère pour d’autres, musulmane pour d’autres encore, est la caractéristique principale de l’Algérie actuelle. Dans les premières années qui suivirent l’indépendance, on parlait de développement, de formation universitaire, d’emploi et de chômage. Aujourd’hui, l’intérêt principal semble être celui de se montrer enracinés dans la propre identité.

 

 

Est-ce un phénomène qui implique toute la population ?

 

 

Oui, c’est un phénomène généralisé, mais il y a des personnes qui tentent de quitter le pays à la recherche de nouvelles espérances. Et cela ne signifie pas que ce sont des algériens ou des musulmans pires que les autres.

 

 

Cette situation a-t-elle des répercussions sur les rapports entre chrétiens et musulmans ?

 

 

Malheureusement, les rapports sont conditionnés par la situation globale, qui tend à créer une séparation en deux camps : celui occidental, considéré comme ennemi de l’Islam et celui islamique.

 

Mais dans la vie concrète, il existe des situations où chrétiens et musulmans sont très proches et entretiennent de solides relations d’amitié.

 

 

Il y a donc des cas de véritable dialogue en Algérie ?

 

 

Oui, et nous ne pouvons pas imaginer notre futur en-dehors de cette possibilité de dialogue. Mais pour que le dialogue continue, il est nécessaire de démontrer que les musulmans sont respectés à un niveau global. Dans le cas contraire, notre situation devient difficile. Il y a une forte interdépendance entre ce qui se passe en Europe et ce qui se produit sur la rive méridionale de la Méditerranée. Nous vivons dans le contexte de la globalisation et c’est cela l’horizon dans lequel la relation entre chrétiens et musulmans doit être pensée.

 

 

Que peut enseigner l’exemple algérien à l’Europe ?

 

 

Je ne sais pas si l’Algérie peut représenter un exemple pour l’Europe. Il est vrai qu’en Algérie des relations de confiance entre de nombreux musulmans et l’Église existent depuis plus d’un siècle malgré le colonialisme. Et ces relations résistent malgré la situation politique adverse. Mais, comme je viens de le dire, on ne peut pas isoler des exemples de leur contexte et les reproduire dans un autre lieu : la relation entre chrétiens et musulmans doit être organisée à un niveau global.

 

 

Pour en venir au thème du Comité scientifique d’Oasis : la tradition peut-elle représenter une base pour le dialogue ou représente-t-elle plutôt un obstacle ?

 

 

La situation en Algérie a beaucoup changé au cours de ces dernières années. Avant, il y avait une tradition non agressive. Par exemple, il était possible de participer aux fêtes des amis musulmans, d’être invités à la rupture du jeûne dans le mois du Ramadan ou à partager le repas commun à l’occasion de la fête du Sacrifice. Maintenant domine une tradition en provenance du Moyen-Orient et étrangère à l’histoire locale. Une tradition ouverte, celle de l’Islam populaire, que les algériens de ma génération ont interprétée spontanément, et une autre très fermée et rigide qui pousse les musulmans à se méfier des non-musulmans.

 

 

Selon vous, laquelle des deux l’emportera ?

 

 

Il est difficile de répondre. Il faut tenir compte du fait que l’étroitesse d’esprit ne concerne pas seulement les relations entre musulmans et chrétiens, mais aussi celles entre musulmans disposés à dialoguer et ceux qui ne le sont pas. Je peux dire que nous devons travailler pour faire prévaloir la tradition de l’amitié et de l’ouverture, autrement ce pays n’aura pas de futur.

 

 

* Entrevue par Michele Cisco

 

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