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Afghanistan, la guerre impossible

Comment l’absence d’objectifs clairs a décrété la faillite de la campagne contre les Talibans

Cet article a été publié dans Oasis 27. Lisez le sommaire

Dernière mise à jour: 09/11/2018 18:10:48

Compte-rendu deUnwinnable_copertina.jpg Theo Farrell, Unwinnable: Britain’s war in Afghanistan 2001-2014, Bodley Head, London 2017.

 

Avec Unwinnable, Theo Farrell publie l’essai le plus « autorisé » – pour reprendre les termes de Andrew Roberts cités en couverture – sur la guerre du Royaume-Uni en Afghanistan de 2001 à 2014. Ce qui frappe d’emblée, c’est la proportion entre les pages du texte (un peu plus de 400) et les 100 pages de notes. Un apparat critique aussi important découle de la méthodologie choisie par l’auteur : une reconstruction historique approfondie des troupes et des décisions politiques, accompagnée d’un travail sur le terrain qui a porté Farrell à interviewer « 67 commandants de camp talibans et 59 locaux », ce qui lui a permis de « reconstruire la campagne talibane dans le Helmand » (p. 6).

 

Autre valeur ajoutée, sa connaissance directe des deux réalités impliquées : les centres de pouvoir occidentaux, et les acteurs sur le terrain en Afghanistan. Bien qu’ayant un profil carrément académique, Theo Farrell n’a pas été en effet un spectateur externe du conflit. Comme il le révèle lui-même dans ses conclusions (p. 424), il a effectué en 2013 une médiation entre des représentants du gouvernement afghan et des leaders talibans pour les amener à la table de négociations, dans la tentative de parvenir à un accord pour la désescalade de certains districts.

 

L’ouvrage suit un double fil rouge : le premier fournit une reconstitution soignée des faits, aussi bien du côté occidental que, dans la mesure du possible, du côté afghan. Au fur et à mesure que la reconstitution avance, et c’est là la seconde piste, Farrell fait émerger les facteurs qui ont empêché la coalition occidentale d’obtenir une victoire durable en Afghanistan. Le premier pas est l’explication des raisons qui ont porté États-Unis et Grande-Bretagne (plus une série d’autres nations) en Afghanistan : les attaques contre les Tours Jumelles du 11 septembre et le rapport entre Osama bin Laden et les talibans au pouvoir à Kaboul fournirent la « juste cause pour donner le coup d’envoi à la guerre » (p. 417). Farrell estime en outre que la participation de Londres a été « nécessaire et proportionnée » aux dommages et aux menaces subies (p. 418). Ce sont directement les attentats qui ont défini l’objectif stratégique initial de la guerre : abattre le régime des talibans et vaincre al-Qaïda.

 

Mais Farrell montre comment la direction stratégique et politique de l’engagement militaire s’est perdue dès que les talibans ont été chassés du pouvoir. C’est ici que l’on retrouve le premier des motifs pour lesquels la guerre s’est avérée unwinnable : le manque d’une stratégie claire et d’objectifs précis, évident par exemple dans le contraste entre des actions visant à gagner le soutien de la population des zones rurales, et des opérations anti-drogue qui ont ôté aux paysans leur seule source de subsistance (la culture de l’opium), sans fournir d’alternatives crédibles, avec le seul résultat de les pousser dans les bras des talibans. D’autres facteurs négatifs imputables à la coalition occidentale ont été, selon Farrell, la connaissance insuffisante de la réalité locale, à l’exception des périodes limitées où les forces ISAF ont pu compter sur des experts comme Casper Malkasian et Michael Semple ; l’incapacité des leaders politiques à lire et orienter les situations, déléguant cette tâche aux militaires sur le terrain ; le manque de ressources adéquates, en particulier d’hélicoptères. Il faut y ajouter l’invasion de l’Irak en 2003, qui est devenue la préoccupation majeure de Whitehall, aux dépens de l’Afghanistan.

 

Naturellement, tous les motifs de la faillite de l’initiative occidentale ne sont pas imputables à Washington et à Londres. Le niveau de corruption extrême du gouvernement afghan, à commencer par celui de Hamid Karzai, a fait sombrer dès le début les initiatives de nation-building. En second lieu, les talibans ont pu se servir des divisions tribales et sub-tribales que les occidentaux avaient du mal à comprendre, ravivant ainsi les braises du mécontentement. Enfin, mais c’est peut-être l’élément le plus important, Farrell souligne le soutien que les talibans afghans ont reçu de l’étranger : les services secrets du Pakistan (ISI), une partie de l’armée d’Islamabad et le réseau de madrasas sur le côté oriental de la Ligne Durand. Une ambiguïté que le Royaume-Uni et les États-Unis ne sont jamais arrivés à résoudre.

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