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Islam

Al-Azhar est-elle la voix de tous les sunnites ?

La mosquée-université égyptienne est souvent considérée comme « l’autorité suprême de l’Islam sunnite ». Si grand que soit son prestige, elle ne peut en réalité revendiquer ce leadership absolu

[L'article est contenu dans Oasis n. 25. Pour en lire tous les contenus vous pouvez vous abonner]



Il n’est pas rare que la mosquée-université de l’Azhar soit définie comme le « Vatican de l’Islam », et son grand imam comme « l’autorité suprême de l’Islam sunnite ». Si ces expressions veulent exprimer le prestige dont jouit cette institution égyptienne, elles recouvrent toutefois une incompréhension de fond sur la nature de l’autorité sunnite : celle-ci, largement répandue et peu institutionnalisée, ne prévoit ni magistère, ni hiérarchie. Comme l’écrivaient il y a plus de dix ans Malika Zeghal et Marc Gaboriau, la « prétendue suprématie [de l’Azhar] est continuellement remise en question par l’existence d’un champ religieux aujourd’hui éminemment pluriel – et par là concurrentiel – en Égypte même […] comme au niveau global» 1 . Toutefois, relevaient les deux auteurs, « la centralité de grands lieux historiques de production et de transmission du savoir religieux montre qu’il est possible de nuancer les hypothèses selon lesquelles l’autorité religieuse musulmane serait aujourd’hui fragmentée et décentrée, en particulier à travers le phénomène de la production d’autorités religieuses sur internet. La persistance des autorités religieuses officielles et leur capacité d’adaptation suggèrent alors que l’on a probablement surévalué le phénomène de l’auto-proclamation par les autorités religieuses nouvelles que représentent les islamistes, et négligé des phénomènes importants de réinstitutionnalisation de l’autorité religieuse » 2 . 
Le protagonisme de l’Azhar dans le contexte créé d’abord par la révolution de 2011, et surtout par l’explosion de la violence djihadiste, confirme cette tendance. Entre autres, l’autorité que médias et spécialistes occidentaux attribuent à l’Azhar est désormais revendiquée par la mosquée égyptienne elle-même. Elle n’en arrive pas à s’autoproclamer « l’autorité suprême de l’Islam sunnite », mais lorsque journalistes et hommes politiques occidentaux lui confèrent ce titre, elle n’hésite pas à relayer leurs propos sur son propre site et dans les réseaux sociaux 3 .



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Notes
1 Marc Gaborieau, Malika Zeghal, Autorités religieuses en Islam, « Archives des sciences sociales des religions » 125 (février-mars 2005), pp. 5-21, ici p.14.
2 Ici, p. 13.
3 Comme par exemple lorsque la Chancelière allemande Angela Merkel a défini le Shaykh al-Azhar comme « la plus haute autorité sunnite du monde », mais aussi en d’autres nombreuses occasions, voir http://bit.ly/2qY7tFn

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