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Religion et société

Les différents visages du féminisme islamique en Europe

Une femme musulmane dans un parc à Londres [Edy Kurnia - Pexels]

Les initiatives proposant une réinterprétation de l'Islam dans une perspective de genre se multiplient. Et les débats s'intensifient également

Cet article a été publié dans Oasis 30. Lisez le sommaire

Dernière mise à jour: 29/03/2021 11:03:05

Au cours de la dernière décennie, en Europe, un nombre important de mosquées guidées par des femmes sont apparues, comme l’Inclusive Mosque Initiative au Royaume-Uni, la Mosquée ouverte en Suisse, la Mosquée Mariam au Danemark, la Mosquée Ibn Rushd-Goethe en Allemagne et la mosquée Fatima en France, pour n’en citer que quelques-unes. Toutefois les relectures de l’Islam dans une perspective de genre existent aussi en dehors de ces institutions.

 

Dans un débat qui a eu lieu le 23 mars 2019, après la projection de The Reformist – un documentaire sur l’ouverture de la Mosquée Mariam à Copenhague – une actrice et étudiante, Asil al-Asadi, a exprimé sa préoccupation quant à l’éventualité de tomber amoureuse d’un non-musulman : « J’ai 22 ans et j’ai très peur de tomber amoureuse d’un non-musulman, parce que cela déterminera si je dois entreprendre un combat ou non. J’ai dû faire des recherches à ce sujet, pour comprendre quelle position adopter au cas où cela se produirait »[i].

 

Les musulmans constituent à peine plus de 5 % de la population danoise : il y a donc une possibilité très élevée que al-Asadi, comme beaucoup d’autres musulmanes européennes, tombe amoureuse d’un non-musulman et c’est pour cette raison que la jeune fille a effectué ses recherches sur ce sujet. Elle a relu les normes sur le mariage islamique et a conclu que l’interdiction d’épouser un homme non-musulman n’est plus valide dans la société contemporaine, étant donné que les circonstances ont changé depuis l’époque de Muhammad. Ce type d’interprétation est facilement disponible sur internet et dans une littérature féministe islamique toujours plus abondante, qui relit le Coran et les traditions sur Muhammad (les hadîths) dans une perspective féminine.

 

Les opinions de al-Asadi sur le mariage interreligieux ne sont pas un cas isolé. Dans un sondage réalisé parmi les musulmans danois à partir de 2015, 43,7 % des personnes interrogées ont répondu par l’affirmative à la question : « Accepterais-tu que ta fille épouse un non-musulman ? »[ii]. D’ailleurs, le débat n’est pas uniquement européen : en 2008, les acteurs égyptiens renommés Adel Emam et Omar Sharif apparaissaient dans le film Hassan et Marcus, dans lequel leurs enfants, une femme musulmane et un homme chrétien, étaient amoureux l’un de l’autre. Le film a suscité un débat animé sur le mariage interreligieux et sur la coexistence pacifique entre chrétiens et musulmans en Égypte.

 

Les exemples de al-Asadi et du film égyptien montrent une dynamique fondamentale de toutes les religions : les croyances sont toujours interprétées à un moment spécifique de l’histoire et dans un contexte local. Et cela vaut aussi pour les positions conservatrices, qui mettent l’accent sur la préservation de valeurs déterminées, considérées comme menacées par la modernité et/ou la mondialisation.

 

Le féminisme islamique est un phénomène mondial, mais il n’a pas d’idéal ni d’objectif commun pour toutes les femmes musulmanes du monde. Il est produit localement et traite de questions qui sont pertinentes pour les femmes et pour les hommes qui y sont impliqués. La tentative de changer la perception des mariages interreligieux entre une musulmane et un non-musulman par exemple, est beaucoup plus urgente au Danemark qu’en Égypte, à cause de la composition démographique de leurs populations respectives. Toutefois, même dans le contexte européen, le féminisme islamique recouvre des formes différentes.

 

Un phénomène hétérogène

 

En Europe, il est plutôt facile de trouver des institutions liées au féminisme islamique. Si l’on prend le cas danois, l’utilisation du titre d’imam n’est pas règlementé et cela signifie que n’importe qui peut le revendiquer, demander une permission pour la célébration de mariages et commencer à les célébrer avec pleine valeur juridique devant la loi danoise[iii]. En outre, le fait que, dans l’Islam, il n’y ait pas d’Église, implique que les imams ne sont pas ordonnés et que le mariage n’est pas considéré comme un sacrement. Il s’agit d’un contrat civil qui peut être conclu sans la présence d’un ministre religieux. Il n’est donc pas invalide s’il est célébré par une femme, puisque la célébration de l’imam ne joue aucun rôle dans la conception du mariage de la tradition juridique islamique.

 

Dans le contexte européen, le principal défi pour les féministes islamiques est de loin le manque de ressources économiques. Des cinq mosquées citées en introduction de cet article, seule la Ibn Rushd-Goethe occupe un espace permanent, tandis que les autres sont des mosquées temporaires qui – comme beaucoup d’autres mosquées et institutions liées au féminisme islamique – occupent des espaces loués ou prêtés pour les heures dont elles ont besoin. Cela signifie que beaucoup de mosquées féminines ne disposent pas d’un emplacement stable. Ce sont plutôt des réseaux de musulmanes qui accomplissent, dans les espaces dont elles disposent, les activités typiques de la mosquée, comme la prière du vendredi. Elles transforment donc temporairement des espaces déterminés en mosquées, par exemple en déplaçant les meubles d’une pièce contre le mur, en ornant la salle de calligraphies et de décorations et en étendant sur le sol des tapis pour la prière. Après quoi, la mosquée est « démontée » : on roule les tapis, on enlève les calligraphies et on replace les meubles afin que l’espace occupé par ces objets retrouve sa fonction ordinaire[iv].

 

Il est intéressant de noter que les lieux de culte temporaires sont généralement perçus comme des mosquées et, par extension logique, leurs guides sont considérées comme des imames dotées d’une autorité religieuse. Cela signifie que les musulmans qui ont besoin de services religieux comme l’accompagnement, le soutien spirituel, le divorce islamique ou le mariage entre une femme musulmane et un homme non-musulman s’adressent aux guides des mosquées temporaires. Dans le cas de la femme imame danoise Sherin Khankan, la seule annonce de son intention d’ouvrir une mosquée féminine à Copenhague a suffi pour recevoir ce genre de demandes. Avant même de guider une prière du vendredi dans la Mosquée Mariam, Khankan a célébré cinq mariages islamiques, dont le premier a eu lieu un an avant l’ouverture de la mosquée. Quelque chose de semblable s’est produit avec les divorces, dont le second a eu lieu le jour même de la première prière du vendredi, le 26 août 2016.

 

Comme nous l’avons dit précédemment, le féminisme islamique est produit localement et traite de questions qui sont pertinentes pour les personnes engagées dans l’activisme féministe. C’est ce qui est mis en évidence lorsqu’on compare la Mosquée Mariam et le Conseil des Femmes musulmanes de Bradford. Ce dernier constituait initialement un mouvement de femmes musulmanes lassées de n’être représentées que par des hommes mais, en 2009, il s’est institutionnalisé en tant qu’organisme chargé de recueillir des fonds pour un centre religieux qui comprend une mosquée parmi ses différentes structures. La fondatrice du Conseil, Bana Gora, avait au départ l’intention d’ouvrir une mosquée où les femmes guideraient d’autres femmes dans la prière, mais elle a ensuite accordé la priorité à une mosquée administrée par des femmes mais avec un imam homme.

 

La démographie de Bradford est très différente de celle de Copenhague, 15 % de la population s’identifiant comme pakistanaise et avec un taux élevé de ségrégation sociale[v]. C’est une ville fortement homogène du point de vue religieux et la grande majorité de ses mosquées sont organisées dans le Conseil des Mosquées local. Il est inhabituel que les mosquées de Bradford aient des sections pour les femmes et le Conseil des Femmes musulmanes a rompu avec la norme lorsqu’il a introduit une mosquée pour les deux genres, avec une large section féminine et un conseil d’administration composé uniquement de femmes.

 

Toutefois, dans la mesure où il ne prévoit pas de transgresser les frontières consolidées des relations de genre, le Conseil a réussi à obtenir l’approbation de deux des plus influentes associations éducatives islamiques en Europe et en Amérique. L’imam Zaid Shakir, co-fondateur du Zaytuna College, a cautionné sans condition le projet, soulignant qu’« il est important de suivre le masjid [la mosquée] administré par des femmes […]. Le masjid sera bien géré ; il n’est pas question ici d’imames femmes, ni de khutbas [sermons] du vendredi prononcées par des femmes. Il est question de contribuer au masjid avec leur talent, leurs compétences et leurs capacités, de sorte qu’il soit administré comme il se doit […]. C’est un projet que je soutiens intégralement et je suis sûr que ce sera un grand succès »[vi].

 

De la même façon, le doyen du Cambridge Islamic College, Mohammad Akram Nadwi, considère comme un devoir religieux de répondre aux besoins des femmes et d’encourager les musulmans à contribuer au projet : « Le besoin des femmes d’aller à la mosquée pour les prières quotidiennes, de participer aux cercles d’étude, d’encourager et d’être encouragées par d’autres à vivre au sérieux leur religion n’est pas différent du besoin des hommes. Ce besoin doit trouver une réponse, c’est un devoir religieux […]. Il s’agit d’une initiative qui mérite d’être soutenue financièrement et moralement par les hommes comme par les femmes »[vii].

 

Il est intéressant de noter que ce sont les femmes musulmanes de Bradford qui ont demandé que la mosquée soit traditionnelle, avec un imam homme. Leur engagement visait l’accès à la mosquée dans une ville où un tel espace était quasiment inexistant. Mais elles ne voulaient pas que cet espace soit controversé ou fasse partie d’un combat pour une interprétation différente de l’Islam. Cela démontre que les demandes des femmes musulmanes varient selon les différents contextes locaux. Dans une ville comme Londres, à 300 kilomètres au sud de Bradford, il est possible d’assister à une prière du vendredi mixte et guidée par des femmes dans l’Inclusive Mosque Initiative ou de participer avec les musulmans queer de Londres à une session de méditation islamique (dhikr) ouverte aux personnes LGBTQ.

 

Quelle émancipation?

 

Il est important de souligner qu’il n’est pas possible d’évaluer le degré d’émancipation perçue par les femmes musulmanes sur la base de leur affiliation à certaines interprétations de l’Islam. Ceci a été démontré par différentes études ethnographiques, dont la plus connue reste probablement le livre de Saba Mahmood Politics of Piety. The Islamic Revival and the Feminist Subject, publié en 2005, dans lequel l’anthropologue d’origine pakistanaise avais mis en lumière la manière dont un segment de femmes du Caire participaient activement à une tradition dévotionnelle qui prévoit l’exercice de la timidité et de la patience, ainsi que, dans une certaine mesure, de l’obéissance à l’autorité masculine, comme caractéristiques de la bonne musulmane.

 

Dans une étude similaire, The Making of a Salafi Muslim Woman. Paths to Conversion, Anabel Inge a expliqué comment une partie des femmes musulmanes de Londres étaient attirées par l’Islam salafiste et entreprenaient en son nom un parcours plein de sacrifices : « L’adhésion au salafisme a opposé de nombreuses femmes à la plupart de leurs amis et parents les plus proches. Cinq femmes interrogées [sur vingt] ont dit que le fait de devenir salafistes leur a fait perdre des amis – en général il s’est agi d’un éloignement réciproque – et sept autres ont pris la décision difficile et, pour certaines, extrêmement douloureuse de rompre les liens avec leurs amis et carrément avec les membres de leur famille, parce que leurs convictions et leurs pratiques auraient été pour elles un obstacle »[viii]. Les femmes interrogées par Inge conçoivent leur parcours de conversion et leur engagement pour vivre selon les prescriptions salafistes comme une forme de combat pour l’émancipation.

 

Toutefois, une telle compréhension s’oppose à l’attitude d’autres femmes qui se battent pour l’émancipation à l’intérieur de l’Islam, comme l’imame Seyran Ates, selon laquelle les constructions de genre de l’Islam salafiste sont répressives pour le genre féminin. À l’inauguration de la Mosquée Ibn Rushd-Goethe, le 16 juin 2017, Ates a interdit le niqab (le voile qui couvre intégralement le visage), ce qui a conduit la célèbre chercheuse et féministe islamique Amina Wadud, qui participe aussi au mouvement islamique LGBTQ, à annuler sa visite à la mosquée, tandis que la leader des Muslims for Progressive Values, Ani Zonneveld, a soutenu ce choix.

 

Ces différences soulignent la difficulté à fournir une définition spécifique du féminisme islamique, dans la mesure où les femmes musulmanes ont des visions très différentes de ce que signifie l’émancipation. Et ceci se complique encore du fait que certaines musulmanes plus libérales refusent l’étiquette même de féministes.

 

La position des médias

 

Les femmes imames sont d’attrayantes protagonistes de documentaires, livres et récits médiatiques, à partir du moment où elles tiennent des positions particulières dans l’un des débats les plus chauds de l’Europe contemporaine. Cela a conduit à représenter certaines d’entre elles de façons très différentes selon les pays. Par exemple, Sherin Khankan, dont nous avons déjà parlé, est apparue dans une histoire publiée le 13 février 2016 sur Breitbart, pendant les primaires aux États-Unis, et intitulée « Le Danemark construira en secret des mosquées uniquement pour femmes afin de protéger les fidèles des islamistes radicaux », où l’on expliquait que « la première mosquée uniquement pour femmes a déjà été construite dans la capitale danoise, Copenhague, et de plus, l’imam est une femme.

 

Cela a conduit à gérer la mosquée secrètement, parce que le projet est menacé par les islamistes radicaux, qui ont peu de respect pour les opinions ou les droits des femmes »[ix]. Bien que cette citation ne contienne que deux informations correctes – Copenhague est la capitale danoise et Khankan est une femme – l’article montre comment l’histoire de la Mosquée Mariam peut être utilisée pour présenter les autres musulmans comme des radicaux.

 

Il est inimaginable que l’État danois paie pour la construction d’une mosquée et c’est une ironie du sort qu’en réalité trois députés danois aient tenté de couper les fonds à l’ONG de Khankan, Exitcirklen, qui aide les femmes à sortir de relations violentes, en affirmant que la femme imame approuvait la flagellation et la charia[x]. Bien qu’au Danemark, certains secteurs de l’extrême droite et de l’extrême gauche aient à diverses reprises affirmé que Khankan était en réalité une islamiste radicale, ce n’est qu’à l’automne 2017, lorsque les trois députés ont tenté d’intervenir directement dans l’allocation de ressources publiques à l’ONG de Khankan, que cette histoire a fait la une des journaux danois. Finalement, Khankan a porté plainte contre les trois députés pour diffamation.

 

Pendant cette tempête médiatique, Khankan a publié en France sa biographie, La femme est l’avenir de l’islam. Le combat d’une imame[xi], prenant part de cette manière au débat. Depuis l’annonce de l’ouverture de la Mosquée Mariam en 2015, les journalistes français se sont beaucoup intéressés à Khankan, la dépeignant comme une leader musulmane influente et progressiste. Ceci a abouti à une invitation à l’Élysée pour prendre un thé avec le président Macron, contrastant nettement avec les accusations qui avaient été dirigées contre Khankan par les députés danois.

 

À cette occasion, un seul journaliste danois s’est présenté pour interroger Khankan en dehors du palais présidentiel et la réponse de la femme à la première question – « Vous avez été invitée, en tant qu’imame danoise, à parler avec un président : qu’éprouvez-vous ? » – montre l’écart existant entre les récits : « C’est plutôt paradoxal, vu que j’ai poursuivi pour diffamation trois importants hommes politiques danois qui m’ont accusée d’être une islamiste radicale […]. Il est paradoxal que je sois considérée comme une représentante de l’Islam progressiste en France, alors qu’au Danemark je dois me battre pour ne pas être considérée à l’opposé ».

 

Khankan fait l’objet de représentations très diverses dans les médias, mais le fait est que, pour les femmes musulmanes, il peut être difficile de parler dans les médias européens si elles n’adhèrent pas aux préjugés existants sur les musulmans, et c’est la raison pour laquelle de nombreuses activistes féministes ne s’engagent pas dans le débat public[xii]. En effet, beaucoup d’entre elles refusent de prendre part à une bataille qui suit la logique de l’opposition entre bons et mauvais musulmans.

 

Entre salafisme et féminisme

 

Les féministes islamiques se battent souvent pour leur propre émancipation et n’ont aucune intention, par exemple, de cibler comme ennemies les femmes salafistes. De fait, certaines féministes islamiques sont d’anciennes salafistes ou anciennes islamistes ou ont de toutes façons adhéré à des interprétations conservatrices de l’Islam. Certaines femmes avancent entre ces positions en maintenant leur initiative et leur indépendance. C’est ce que démontre Maryam Trine Skogen qui, après avoir été une musulmane très conservatrice, est devenue une femme imame avec des positions pro-LGBTQ.

 

Peu après sa conversion, en 2006, Skogen a épousé un imam. Elle a beaucoup étudié, développant des tendances salafistes, avec l’application rigoureuse des interprétations les plus intransigeantes des normes islamiques : ne pas rire en public, ne pas être sur Facebook, ne serrer la main des hommes qu’avec des gants, ne pas célébrer les fêtes non-musulmanes. Elle s’est éloignée de ses amis pour suivre son parcours spirituel qui l’a finalement entrainée dans une crise existentielle et jusqu’au divorce. Elle a ensuite épousé un homme agnostique, a repris contact avec sa famille et ses amis et a cessé de porter le hidjab, pour le remettre en signe de protestation contre l’islamophobie après les attaques de Paris en 2015. En 2017, Skogen a participé à une gay pride et conduit une prière du vendredi dans une mosquée temporairement ouverte aux musulmans LGBTQ[xiii].

 

La trajectoire de Skogen n’est absolument pas unique. Comme l’a montré Inge, les femmes salafistes présentent souvent un niveau élevé d’initiative, faisant de gros sacrifices pour leur engagement spirituel et le passage, en l’espace d’une décennie, du salafisme au féminisme ou à des positions antagonistes similaires n’est pas rare. Différentes études ethnographiques le confirment, dont la plus récente, Egypt in the Future Tense, de Samuli Schielke, présente trois cas de personnes qui se sont impliquées avec le salafisme. L’une d’elles passe du soufisme au salafisme, pour finir chiite ; la seconde entre et sort du salafisme quatre fois et devient finalement une activiste gauchiste qui combat le fondamentalisme ; la troisième continue de s’inspirer idéologiquement du salafisme, mais elle cesse en même temps de le pratiquer.

 

En d’autres termes, si salafisme et féminisme peuvent sembler antagonistes du point de vue du dogme, ils sont semblables à d’autres points de vue, comme la fascination de l’émancipation et la position à contre-courant vis-à-vis des interprétations les plus répandues de l’Islam. Comme l’explique Inge, recevoir une formation dans l’Islam salafiste au lieu de s’en remettre à l’autorité masculine peut procurer une sensation de libération. Skogen, qui recommence à porter le hidjab après l’avoir abandonné, met en lumière un autre point important : l’émancipation des femmes musulmanes peut être un combat à la fois contre les interprétations patriarcales de l’Islam et contre l’islamophobie.

 

Tous droits réservés
Les opinions exprimées dans cet article n’engagent que la responsabilité des auteurs et ne reflètent pas nécessairement la position de la Fondation Internationale Oasis

 


 

[i] Débat au Bremen Theateron du 23 mars 2019, intitulé Er troen stopklods for kønnenes ligestilling (« La foi empêche-t-elle l’égalité de genre ? »)
[ii] Sondage réalisé par Wilke. Voir https://jyllands-posten.dk/premium/indland/ECE8145237/Muslimske-stemmer-Alle-meningsm%C3%A5lingerne (consulté le 17 août 2019).
[iii] Au Danemark, il suffit qu’une association religieuse ait cinquante membres pour demander la reconnaissance en tant que communauté religieuse et obtenir par conséquent l’autorisation de célébrer des mariages.
[iv] Jesper Petersen, Pop-up Mosques, Social Media Adhan and the Making of Female and LGBTQ-Inclusive Imams, « Journal of Muslims in Europe », vol. 8, n. 2 (2019), pp. 178-196.
[v] John Bowen, On British Islam: Religion, Law and Everyday Practice in Shari‘a Councils, Princeton University Press, Princeton 2016.
[vi] Voir www.womenledmosque.co.uk/testimonials (consulté le 10 septembre 2019)
[vii] Ibid.
[viii] Anabel Inge, The Making of a Salafi Woman. Paths to Conversion, Oxford University Press, New York 2017, p. 89.
[ix] Oliver Lane et Chris Tomlison, Denmark Will Build Secret Women’s Only Mosques to Protect Worshippers from Radicals Islamist, « Breitbart », 13 février 2016, https://bit.ly/2MFpwud
[x] Martin Borre, Blå Profiler Beskyldes for Groft Karaktermord på to Muslimske Kvinder, « Berlingske Tidende », 29 septembre 2017.
[xi] Sherin Khankan, La femme est l’avenir de l’islam. Le combat d’une imame, Stock, Paris 2017.
[xii] Jesper Petersen, Media and the Female Imam, « Religions », vol. 10, n. 159 (2019), https://www.mdpi.com/2077-1444/10/3/159 (consulté le 10 septembre 2019).
[xiii] Emma Tollersrud et Katinka Hustad, Imamen med leppestift, « Morgenbladet », 11 août 2017.
 

Pour citer cet article

 

Référence papier:

Jesper Petersen, « Les différents visages du féminisme islamique en Europe », Oasis, année XV, n. 30, décembre 2019, pp. 52-60.

 

Référence électronique:

Jesper Petersen, « Les différents visages du féminisme islamique en Europe », Oasis [En ligne], mis en ligne le 14 janvier 2020, URL: https://www.oasiscenter.eu/fr/feminisme-islamique-en-europe